La Commission va assainir ses groupes d’experts financiers (L’Echo)

Michel Barnier annonce un rééquilibrage entre lobbies financiers et société civile 4 novembre 2010

La Commission veut prendre ses distances avec les lobbies bancaires. C’est du moins le message que Michel Barnier s’efforce de faire passer. Le commissaire européen en charge de la régulation des marchés affirme vouloir s’attaquer à la surreprésentation du secteur financier dans les « groupes d’experts » qui le conseillent. L’enjeu est bien connu : pour réguler le secteur financier, les autorités s’entourent de groupes de spécialistes essentiellement issus dudit secteur. Ainsi, le groupe « Payment Systems Market »est-il composé d’un académique, d’un syndicaliste, de deux spécialistes gouvernementaux pour… 43 banquiers. Selon un rapport de l’alliance pour la transparence du lobbying Alter- EU, onze des vingt-cinq groupes d’experts qui conseillent l’Europe sur les questions de régulation financière sont composés majoritairement de membres issus de lobbies bancaires.

Cela pose notamment des questions de démocratie, dénonce-ton au Parlement européen. « Nous suspectons ces groupes d’être majoritairement composés d’adhérents à la pensée unique, explique l’eurodéputé Philippe Lamberts (Verts), membre de la commission des affaires économiques et monétaires. Il faut au contraire qu’ils soient composés de gens aux avis suffisamment différents pour que les politiques puissent se faire une opinion résultant de réflexions croisées. »

Et dans une certaine mesure, ce manque de confrontation d’idées pourrait être à l’origine de l’instabilité financière européenne. « Le prédécesseur de Michel Barnier avait déjà reconnu que la Commission était trop dépendante des lobbies et que c’est une partie du problème qui a mené à l’instabilité financière que l’on sait », rappelle Olivier Hoedeman, du Corporate Europe Observatory. Depuis, la Commission s’est entourée de groupes « ad hoc » toujours composés d’experts du monde de la finance, mais à qui l’on a fait signer la promesse qu’ils agiront « dans l’intérêt général ». Pour le responsable de l’association anti-opacité, « c’est une illusion de croire que ces derniers puissent faire aussi nettement cette distinction ». Cela devrait changer. Dans une lettre adressée à Alter-EU, Michel Barnier explique avoir demandé à ses fonctionnaires de préparer une révision du système des experts pour y apporter une meilleure représentation de la société civile – groupes de consommateurs, ONG, syndicats, représentants de petites entreprises. Mais Olivier Hoedeman attend de voir : « S’il le voulait, M. Barnier pourrait ouvrir ces groupes dès demain à la société civile… »

Mais celle-ci comprend-elle suffisamment le monde financier pour y intervenir de manière efficace ? « D’abord, il y a une réserve d’expertises substantielle chez les ONG et les syndicats, mais aussi dans les centres de recherche et dans le monde académique. Ensuite, il faut encourager le développement d’expertises supplémentaires dans ces milieux. C’est une des grosses leçons que nous avons tirées de la crise financière », considère Olivier Hoedeman.

Frédéric Rohart

Voir en ligne : Lire sur le site du Corporate Europe Observatory