Grèce : Jacques Delors dénonce l’Union européenne, par Marianne2.fr

Dans une interview à Paris-Match, le père de Martine Aubry se déclare « meurtri » par le fait que le FMI ait dû intervenir pour renflouer la Grèce.
C’est l’histoire d’un papy qui retrouve son fiston et peine à le reconnaître : il avait tenté de lui transmettre la vocation et de le pousser à entrer dans les ordres. Et à quarante ans, le fiston est devenu un maq qui tient les trottoirs dans tout l’Est de la ville qu’il surveille à l’arrière de sa Lexus conduite par un chauffeur.

Papy hurle à la mort : est-ce pour passer à la caisse que je t’ai enseigné les bonnes manières ?

C’est écrit en toutes lettres dans Paris Match de cette semaine : Jacques Delors dénonce avec vigueur l’évolution de l’Union européenne. Il a même été « meurtri » de son comportement à l’égard de la Grèce.

Pour lui, l’Europe ne devait pas accepter de prêt du FMI, car d’une part, elle est en partie responsable des difficultés de la Grèce à cause d’un déficit de coordination des politiques économiques des états et d’autre part elle a largement les moyens de de résoudre la crise, ce qui serait au passage un bon moyen de démontrer la solidité de l’euro.

Le père du traité de Maastricht et de la monnaie unique n’hésite pas à expliquer le mauvais coton filé par ses successeurs : ils auraient trahi l’esprit du rapport du Comité Delors de 19997, lequel Delors dixit, donnait la priorité de l’économique sur le monétaire quand l’Union procède aujourd’hui exactement à l’inverse. « C’est le même pouvoir financier », tonne Jacques Delors, « que les Etats ont pourtant renfloué, qui actuellement spécule contre la Grèce. » Ce genre de sortie n’est pas totalement nouveau chez Delors : en 2000, lors d’un débat avec Jean-Pierre Chevènement consacré à l’Europe, il s’était déjà montré d’une grande sévérité à l’égard de son évolution.

Le pourfendeur de la PAC, qui considérait son poids comme exorbitant dans le budget européen, s’est aussi mué en ardent défenseur de la ruralité et de l’agriculture qu’il juge « indispensable pour l’équilibre de nos territoires. »

Dommage que Jacques Delors ait pris sa retraite. En vieillissant - et en s’éloignant des bureaux de l’Union - il se bonifie comme le bon vin et surtout accède à une vision plus réaliste de l’oeuvre politique de toute sa vie. Jusqu’à déshériter politiquement ses successeurs ? On aimerait bien voir ça.

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