Le groupe Bilderberg

, par Les Dessous de Bruxelles

(Article tiré de Europe Inc.)

Le groupe Bilderberg est l’un des plus anciens et des plus impénétrables clubs internationaux dans lesquels de grandes multinationales jouent un rôle majeur pour l’élaboration des agendas. Désireux à la fois d’assouplir et de renforcer les relations transatlantiques après guerre entre les États-Unis et l’Europe de l’Ouest, le premier groupe Bilderberg – qui rassemblait politiciens, stratèges militaires, banquiers, dirigeants industriels, universitaires, représentants des médias, syndicalistes et autres leaders d’opinion – s’est tenu à l’hôtel Bilderberg à Oosterbeek aux Pays-Bas, en 1954 [1]. Les sujets de cette rencontre initiale – cofinancée par la firme hollandaise Unilever et la CIA [2]– allaient de la « menace communiste » au développement du Tiers-Monde en passant par les politiques économiques d’intégration européenne [3]. Selon l’analyste politique Stephen Gill, « le but de ces rencontres était d’encourager des dialogues ouverts et confidentiels ainsi qu’une mise à plat des divergences, tout en encourageant un nombre toujours croissant de relations économiques, politiques, militaires et culturelles entre les nations des deux côtés de l’Atlantique [4]. » Les rencontres Bilderberg donnèrent également un élan indéniable à l’unification européenne.

Aujourd’hui, 120 représentants environ de l’élite mondiale d’Amérique du Nord et d’Europe occidentale se rencontrent annuellement sous l’égide du groupe Bilderberg. On n’y compte pas de membres fixes mais de nombreuses firmes telles que British American Tobacco, BP, Exxon, Ford, General Motors, IBM, Rio Tinto, Shell et Unilever prennent part tous les ans [5]. En 1997, le comité de direction se composait d’Étienne Davignon, ex-vice-président de la Commission européenne, actuel président de la Société générale de Belgique (membre de l’ERT) et président de l’Association pour l’union monétaire en Europe [voir chap. III] ; de Peter Sutherland, ancien directeur du GATT, ex-commissaire européen, actionnaire de Goldman-Sachs International et PDG de BP ; de Renato Ruggiero, ancien directeur de l’OMC et membre du conseil d’administration de Fiat ; et de Percy Barnevik, PDG de Investor AB (membre de l’ERT). Henry Kissinger et le président de la Banque mondiale, James Wolfensohn, sont également membres de ce comité de direction.

A la recherche d’un consensus

L’agenda du Groupe Bilderberg reste centré sur les problèmes d’actualité autour d’un discours néolibéral et de l’idée de libre échange. Nombreux sont ceux qui pensent que le consensus élaboré au sein de ce forum sert de base à l’évolution des politiques internationales. Selon un ancien délégué, « Bilderberg fait partie d’une conversation mondiale qui se déroule chaque année lors d’une série de conférences et compose la toile de fond des politiques qui sont mises en place par la suite. Il y a le Forum économique mondial à Davos en février, les rencontres de Bilderberg et du G-8 en avril-mai et la conférence annuelle du FMI et de la Banque mondiale en septembre. Une sorte de consensus international émerge et se retrouve d’une rencontre à l’autre. Mais personne ne l’impose réellement. Ce consensus devient la toile de fond des communiqués du G-8 ; il inspire le FMI lorsqu’il impose un programme de réajustement à l’Indonésie ; et la politique que le Président américain propose au Congrès [6]. »

La rencontre Bilderberg de mai 1998 en Écosse traitait par exemple de sujets d’actualité tels que l’OTAN, la crise financière asiatique, l’Union monétaire européenne ou le projet de marché transatlantique [voir chap. XI]. Il est extrêmement difficile d’obtenir des précisions sur le contenu de ces discussions. La célèbre confidentialité des rencontres Bilderberg est illustrée par la cohorte d’agents de sécurité qui encerclent littéralement les lieux à chaque rassemblement. Lors de la rencontre de 1998, un journaliste du Scottish Daily mail fut ainsi arrêté, menotté et détenu pendant huit heures pour être simplement entré dans les locaux où se déroulait le meeting [7].

La 47e Conférence Bilderberg s’est déroulée du 3 au 6 juin 1999 à Sintra, au Portugal, sous la présidence d’Étienne Davignon [8]. Outre les habituels « conspirateurs » industriels, plusieurs poids lourds de la politique figuraient sur la liste des invités – dont le président portugais Jorge Sampaio, le leader de l’opposition allemande Rudolf Scharping, le président de la Banque mondiale James D. Wolfensohn et le sorcier du New Labour anglais Peter Mandelson. Le vétéran des activistes verts, Jonathan Porrit, était également invité [9]. La conférence avait pour thème « Les relations transatlantiques en période de changement ». Selon un communiqué de presse officiel, la réunion devait porter sur l’OTAN, la génétique, les marchés émergents, la nouvelle économie, les politiques européennes, les politiques américaines, l’architecture financière internationale et la Russie [10].

Corporate Europe Observatory

Notes

[1Cette première rencontre Bilderberg fut présidée par le prince Bernhard, époux de Juliana, Reine des Pays-Bas.

[2Kees Van der Pijl, The Making of an Atlantic Ruling Class, Verso, 1984.

[3Ibid.

[4Stephen Gill, American Hegemony and the Trilateral Commission, Cambridge University Press, 1990, p. 127.

[5Idem.

[6Alan Armstrong & Alistair McConnachie, «  The 1998 Bilderberg Meeting  », The Social Creditor, Official Journal of the Social Secretariat, juillet-août 1998.

[7Anonyme citée in Armstrong & McConnachie, «  The 1998 Bilderberg Meeting  », op. cit.

[8«  International power brokers meet to discuss global future : World’s most secret society to meet in Sintra  », The News, Portugal, 1er mai 1999.

[9«  Bilderberg-’summit opens in Sintra under massive security  ; Sampaio attends Sintra Summit  », The News, Portugal, 5 juin 1999.

[10Communiqué de Presse Officiel de la conférence Bilderberg tel que cité in «  Bilderberg’summit opens…  » ibid.