Robert Schuman, médaillé miraculeux de la rue du Bac

, par Eric Scavennec

Parmi les débats qui ont agité la campagne référendaire pour l’adoption du Traité Constitutionnel Européen, on se rappelle des polémiques sur l’introduction d’une référence à l’« héritage judéo-chrétien » de l’Europe dans le préambule du traité. Et pourtant, on ignore parfois que cet héritage est d’ores et déjà marqué… sur la toile de son drapeau. Et revendiqué haut et fort par l’un de ses « Pères fondateurs ».

Le peintre Arsène Heitz raconte ainsi l’invention du drapeau européen : « J’ai eu subitement l’idée de mettre les douze étoiles de la médaille miraculeuse de la rue du Bac, sur fond bleu, couleur de la Sainte Vierge. Et mon projet fut adopté à l’unanimité, le 8 décembre 1955, fête de l’Immaculée Conception. [1]  »

Dans la même veine, on trouve l’hymne européen. Il suffit d’écouter les paroles de l’Ode à la joie, dernier mouvement de la neuvième symphonie de Beethoven, issues d’un poème de Friedrich Von Schiller : « Frères, au plus haut des cieux / Doit habiter un père aimé. / Tous les êtres se prosternent ? / Pressens-tu le créateur, Monde ? […] [2] »

Si le drapeau et l’hymne européens portent l’empreinte de l’« héritage judéo-chrétien » de l’Europe, le panthéon officiel de l’Union européenne compte un « père de l’Europe » qui vaut son pesant d’eau bénite : le bienheureux Robert Schuman.

Robert protecteur et protégé du Très Haut

Robert commence sa vie politique élu député de la Moselle, de 1919 à 1936, tout en exerçant son activité d’avocat. A l’assemblée nationale, il se fait le défenseur de la foi catholique, et lutte notamment pour le maintien du statut religieux et scolaire alsacien et lorrain (qui fait encore aujourd’hui de l’Alsace la seule région où l’Etat n’est pas séparé de l’Eglise, et où l’enseignement religieux dispose d’un statut à part).

Le 21 mars 1940, Schuman intègre le gouvernement de Paul Reynaud, en tant que sous-secrétaire d’État aux réfugiés. Après l’armistice, il vote les pleins pouvoirs à Pétain. Il sera arrêté quelques mois plus tard par la Gestapo pour avoir refusé de collaborer, et il est placé sous résidence surveillée. En août 1942, il s’échappe et trouve refuge dans le monastère du Ligugé [3]. Il restera caché dans le noviciat jusqu’à ce qu’il réussisse, avec l’aide des religieux, à rejoindre la zone non occupée. Lorsque celle-ci est envahie par les Allemands en novembre, il rejoint la clandestinité allant de communautés religieuses en prieurés [4] jusqu’à la Libération.

Robert l’américain

Désigné comme président du Conseil par le président Auriol, investi le 22 novembre 1947, il affronte « avec beaucoup de calme et de fermeté » les grèves insurrectionnelles déclenchées par le Parti communiste et la CGT... n’hésitant pas à rappeler 80 000 réservistes sous les drapeaux [5].

En 1948 Schuman devient ministre des Affaires étrangères à la place de Georges Bidault, poste qu’il occupera jusqu’en 1953. « En 1950, le projet d’une mise en commun franco-allemande du charbon et de l’acier, rédigé dans le plus grand secret par l’ex-marchand de cognac Jean Monnet et ses collaborateurs reçoit la bénédiction du nouveau ministre des affaires étrangères. Ce dernier décide alors d’en faire état publiquement sans en avoir référé au président du Conseil, Georges Bidault, ainsi placé devant le fait accompli. Il veille en revanche à ne rien cacher au secrétaire d’Etat américain Dean Acheson, qui supervise le coup. [6] »

Robert le pèlerin

Ecarté du pouvoir avec le retour du Général De Gaulle, dont il désapprouvera la politique européenne, il se fera le « pèlerin de l’Europe [7] », devient Président du Mouvement européen (1956-1961) et président de l’Assemblée parlementaire des Communautés européennes (1958-1960).

Affaibli par la maladie depuis 1959, il meurt le 4 septembre 1963 dans sa modeste demeure de Scy-Chazelles, près de Metz. A propos de Robert Schuman, l’actuelle présidente du Mouvement européen, Sylvie Goulard, rappelle que « une demande de béatification a été déposée compte tenu de son œuvre et de sa foi. [8] » C’est bien la moindre des choses.

Les DDB, quant à eux, remettent officiellement à Robert Schuman la médaille miraculeuse de la rue du Bac - cette haute distinction qui récompense les plus fervents serviteurs de l’Europe des bigots.

Eric Scavennec

Notes

[1Propos rappelé par un des spécialistes européens de Fakir, dans son premier numero.

[2Id.

[3Voir Histoire de l’abbaye Saint-martin de Ligugé de Lucien-Jean Bord

[4«  Le clergé poitevin face à la barbarie nazie  », Abbé Jérôme de la Roulière

[5Dictionnaire historique de l’Europe unie, sous la direction de Pierre Gerbet, Gérard Bossuat et Thierry Grosbois, éditions André Versailles, 2009

[6Comme le rappelle le Plan B

[7dixit Dictionnaire historique de l’Europe unie

[8Plan B, citant le bien-nommé best seller de Sylvie Goulard L’Europe pour les nuls.