Jean Monnet ou les rêves d’un banquier

, par Administrator

Article tiré du Plan B N°13

« Si c’était à refaire, j’aurais commencé par la culture. » Les perroquets du PPA (Parti de la Presse et de l’Argent) citent volontiers ce bon mot du « père fondateur » de l’Europe, Jean Monnet. Le seul ennui, c’est qu’il ne les a jamais prononcés. Et pour cause : la culture de Monnet – prononcez « Money » - était surtout celle du dollar.

Avant la Seconde Guerre mondiale, le « géant du XXe siècle » - comme l’appelle la revue Hérodote – mène aux Etats-Unis une fructueuse carrière de businessman (il s’est enrichi dans le trafic d’alcool pendant la prohibition) et de financier de grand chemin. Son appétence pour l’argent l’amène à créer et diriger une banque d’investissement à San Francisco, la Bancamerica-Blair. Pendant la guerre, le banquier devenu diplomate est renvoyé aux Etats-Unis, où il s’acoquine avec le gratin de l’administration Roosevelt. D’abord très hostile à de Gaulle – qui devait selon lui « être détruit » -, il finit prudemment par se rallier au nouvel homme fort. Bon prince, ce dernier lui confie à la Libération le Commisariat général au Plan.

Mais de Gaulle se méfiera toujours de cet intime de Washington, qu’il surnomme « l’Inspirateur ». « Dès les origines, [Monnet] a voulu réaliser une Europe bien unie aux Etats-Unis et par conséquent bien dépendante d’eux ». rouspétera le diplomate gaulliste Maurice Couve de Murville. L’ancien trafiquant de tord-boyaux est l’homme de confiance de l’American Committee on United Europe (Acue), l’officine de la CIA chargée de financer la propagande europhile. En 1952, dans un courrier émouvant, le « père fondateur » rend grâce au général Donovan pour ses bonnes œuvres : « Ce soutien constant, aujourd’hui plus crucial que jamais, nous sera d’une grande aide pour la réalisation complète de nos plans. »

Le carnet d’adresses de Monnet embrasse non seulement les barbouzes et les milliardaires américains, mais aussi les élites d’Europe de l’Ouest. En France, les carriéristes les plus influents du monde politique (Antoine Pinay, Guy Mollet, le jeune Valéry Giscard d’Estaing…), de la finance (Monnet est très lié à la banque Lazard), de l’université (Georges Vedel, Jean-Baptiste Duroselle…) et du journalisme (Hubert Beuve-Méry au Monde, l’équipe de l’Express…) rejoindront ou soutiendront son Comité d’action pour les Etats-Unis d’Europe. La composition de cette couveuse rotarienne illustre une autre citation, authentique celle-là, de Jean Monnet : « continuez, continuez, il n’y a pas pour les peuples d’Europe d’autre avenir que dans l’Union. »