La taxe sur les transactions financières dans les filets de la com’ gouvernementale

, par Frédéric Lemaire

Le 10 septembre dernier, François Hollande se montrait volontaire quant à l’adoption de la taxe sur les transactions financières (TTF). « La France sera de nouveau à l’initiative pour que la TTF soit prête le moment venu, c’est-à-dire au moment de la COP21 » affirmait-il à l’occasion de la présentation à l’Elysée de la prochaine conférence mondiale sur le climat (COP21).

La France, enthousiaste pour la TTF ? Il n’en a pas toujours été ainsi, loin de là. Mais l’opportunité est trop belle, avec la tenue de la COP21 en décembre à Paris, de tirer les marrons du feu en annonçant une taxe qui abondera le fonds vert pour le climat. D’autant que la conférence mondiale sur le climat s’annonce d’ores et déjà décevante quant aux engagements des Etats… Faut-il se réjouir de ce revirement opportuniste ?

Il y a de quoi être circonspect. On savait que la France et Bercy avaient joué, en 2014, dans le camp du lobby bancaire, en bloquant les négociations et en exigeant l’exonération des produits dérivés. Des produits financiers pourtant particulièrement spéculatifs dont les banques françaises se sont faites spécialistes… Début 2015, alors que de nombreuses voix s’élevaient pour dénoncer le comportement du gouvernement, François Hollande annonçait un changement de stratégie : la France accepterait désormais une « assiette large » pour la taxe, incluant les dérivés… mais assortie de taux bas.

Depuis, peu de progrès ont été réalisés. Un temps précieux a été perdu par les blocages français, et des nuages se profilent à l’horizon : de nombreux pays demandent désormais des exemptions pour protéger leurs champions nationaux ; l’opposition ferme de la Grande-Bretagne demeure, or celle-ci dispose de la menace d’un possible « Brexit » pour jouer le rapport de force ; enfin la nouvelle Commission Juncker souhaite désormais bloquer les réformes financières dans le cadre de la future « Union des marchés de capitaux ».

Avec la perspective de la COP21, une fenêtre d’opportunité est ouverte pour un accord sur la TTF. Mais dans ce contexte, la tentation sera grande pour le gouvernement de faire passer l’adoption d’une taxe, même insignifiante, pour une victoire politique. Une taxe au rabais serait une victoire, certes… pour les lobbies financiers.