Elections anticipées en Grèce : vers une alternative anti-austéritaire en Europe ?

, par Les Dessous de Bruxelles

Ce lundi 29 décembre, le candidat de la coalition au pouvoir en Grèce (le parti conservateur Nouvelle Démocratie et les sociaux-démocrates du PASOK) n’a pas obtenu la majorité pour être élu président de la République. Cet échec ouvre la voie à des élections législatives anticipées, au plus tôt fin janvier, au plus tard début février.

Stavros Dimas, ancien commissaire européen et candidat de la coalition pro-austéritaire, par ailleurs seul en lice, bénéficiait du soutien sans précédent de la Commission européenne. Jean-Claude Juncker, son président, avait ainsi déclaré sa « préférence de voir des visages familiers » après les élections.

Le nouveau commissaire Pierre Moscovici avait lui aussi été dépêché à Athènes pour soutenir les « réformes structurelles ». Il s’est permis d’intervenir dans le débat électoral grec en avertissant que « l’idée d’envisager de ne pas rembourser une dette énorme est suicidaire ». Déjà lors des élections législatives grecques en 2012, François Hollande était intervenu à la télévision grecque pour conseiller de voter en faveur des obligés de la troïka.

La pression de la Commission et la dramatisation du scrutin par le chef du gouvernement Antonis Samaras (pour qui le scrutin « pourrait s’avérer fatal à l’évolution européenne du pays ») n’ont pas permis l’élection de Stavros Dimas. Il s’agit d’un désaveu cinglant pour la politique austéritaire, menée par la coalition gouvernementale sous la pression de la Troïka, qui dévaste la Grèce depuis plus de 4 ans.

Jean-Claude Juncker avait affirmé qu’il « n’aimerait pas que les forces extrêmes arrivent au pouvoir à Athènes ». Il faisait un amalgame scandaleux entre l’extrême-droite et la gauche progressiste anti-austérité, représentée par Syriza, actuellement en tête des sondages. Ces déclarations outrancières donnent la mesure des craintes des dirigeants européens pro-austérité de voir émerger une véritable alternative politique en Europe.

Depuis 2010, le peuple grec a montré sa détermination à s’opposer aux cruelles politiques d’austérité en organisant des mobilisations sociales de très grande ampleur et en s’engageant dans des pratiques démocratiques nouvelles face à la crise d’un système politique corrompu. La victoire de Syriza lors des élections législatives anticipées représenterait non seulement pour la Grèce une rupture salvatrice avec les diktats de la Troïka, mais aussi une nouvelle étape dans les luttes européennes contre l’austérité et l’hégémonie de la finance et des multinationales.

C’est pourquoi toutes celles et ceux qui résistent en Europe face à l’offensive austéritaire et à la destruction programmée des droits sociaux, de l’environnement et de la démocratie, doivent être aux côtés du peuple grec face au chantage de la finance et de ses serviteurs politiques. Il s’agit, ni plus ni moins, d’écrire une nouvelle page de l’histoire européenne.