Les deux traités de l’austérité

, par Les Dessous de Bruxelles

Mercredi 29 février, la Confédération européenne des syndicats (CES) appelle à une journée de mobilisation des syndicats européens pour dénoncer le nouveau traité européen – le Pacte fiscal – qui devrait être signé à l’occasion du Sommet européen des 1er et 2 mars. Dans de nombreux pays européens, les syndicats européens manifesteront de manière conjointe contre un texte qui ne propose rien d’autre que d’enfoncer l’Europe dans l’austérité généralisée.

Avec le Pacte budgétaire, c’est une véritable camisole de force néolibérale qui est imposée à l’Europe. Ce nouveau traité impose en effet des dispositifs de contrôle technocratiques des budgets nationaux, ainsi que des sanctions pour les « mauvais élèves » de l’austérité. Il prévoit la mise en place de « règles d’équilibre budgétaire » dans les législations nationales.

Les gouvernements seront donc amenés, de gré ou de force, à procéder à des coupes drastiques dans la fonction publique, à financiariser les régimes de retraites, à flexibiliser leur marché du travail et remettre en cause les droits sociaux et syndicaux pour mieux « modérer » les salaires.

De telles politiques d’austérité ont pourtant déjà prouvé leur inanité en Grèce, plongeant le pays dans un chaos économique et social sans précédent, après deux années de soi-disant « plans de sauvetages ». La Grèce sera donc le laboratoire du pire.

Le Pacte budgétaire s’articule avec le Mécanisme européen de stabilité (MES), qui succède au Fonds européen des stabilité financière (FESF). Ce mécanisme institutionnalise les politiques destructrices menées par la Troïka dans les pays surendettés, avec les conséquences que l’on sait...

Par ailleurs, pour financer cette prétendue « solidarité », le MES devra emprunter sur les marchés financiers : pour lui permettre de conserver sa note, les membres du MES devront ainsi redoubler de rigueur... Un bricolage absurde, qui permet d’éviter une intervention directe, pourtant nécessaire, de la Banque centrale européenne.

Le Pacte budgétaire participe, avec le MES, d’une dérive autoritaire et technocratique des institutions européennes. Il organise le transfert de pans entiers des politiques économiques des gouvernements européens vers des instances non élues… dont la principale prérogative consiste à « rassurer les marchés ».

Les peuples européens doivent se mobiliser au plan national et européen, pour exprimer le rejet de cette négation de la démocratie. Les journées d’action syndicales, fussent-elles européennes comme celle du 29 février, ne suffiront pas.

Un enjeu de ces mobilisations serait l’émergence d’une véritable solidarité européenne et internationale avec les peuples victimes des plans d’ajustement de la Troïka. Après l’accord sur le nouveau plan de sauvetage en Grèce, des initiatives se sont tenues dans de nombreux pays, en Europe et ailleurs.

Au-delà des seuls rassemblements de solidarité, c’est un mouvement social profond qui doit émerger pour remettre en cause les dogmes de l’austérité partagés par les conservateurs et libéraux-démocrates, et dénoncer ses ravages dans les pays frappés par la « solidarité » de la Troïka. La tenue d’un référendum sur ces traités, en France comme en Europe, pourrait en être l’une des revendications.

Marc Scavennec