Un petit cours d’économie, par les indignés de la Puerta del Sol

, par Les Dessous de Bruxelles

Un membre du groupe économie de la Puerta del Sol, explique les concepts basiques d’économie qui entrent en jeu dans la compréhension des réformes constitutionnelles type « règle d’or », qui visent à introduire l’interdiction des déficits publics dans les constitutions (traduction : Dessous de Bruxelles). Voir aussi : « Règle d’or : un coup d’Etat des marchés financiers »

Le chef du gouvernement socialiste espagnol, José Luis Rodriguez Zapatero, proposait mardi 23 août une réforme de la Constitution afin d’y inscrire une « règle pour garantir la stabilité budgétaire ».

Celle-ci s’appliquerait tant au « déficit structurel qu’à la dette », permettrait de « renforcer la confiance à moyen et long terme dans l’économie espagnole », selon les déclarations M. Zapatero au Parlement.

Cette réforme se situe dans la droite ligne du principe de « règle d’or » constitutionnelle, promu par Sarkozy et Merkel lors du dernier sommet européen, et censé garantir l’orthodoxie budgétaire des économies de la zone Euro. Cette séquence de vidéos représente à cet égard une réponse de la part du groupe de travail « économie » des indignés de la Puerta del Sol

NB : La transcription des vidéos est disponible en annexe.

Déficit public : de quoi parle-t-on ?


Réforme constitutionnelle : Un coup d’Etat... par Dessousdebruxelles

Une cause cyclique du déficit : la crise


Réforme constitutionnelle : Un coup d’Etat... par Dessousdebruxelles

Le financement du déficit public


Réforme constitutionnelle : Un coup d’Etat... par Dessousdebruxelles

Relance VS austérité


Réforme constitutionnelle : Un coup d’Etat... par Dessousdebruxelles

Annexe

- Déficit public : de quoi parle-t-on ?

La première chose à clarifier pour mieux comprendre les enjeux de la réforme constitutionnelle, c’est la question du déficit. Le déficit, c’est la différence entre les recettes et les dépenses publiques. C’est quelque chose de très général ; dans le cas d’une personne ou d’un foyer, les recettes ce sont par exemple le salaire, les aides sociales ; les dépenses ce sont les courses, le loyer etc.

Dans le cas d’un Etat, les recettes ce sont principalement les impôts, à hauteur d’environ 85%. Concrètement, il y a les impôts directs, dont l’importance varie selon les ressources financières de tout un chacun, qui représentent environ 72% des recettes publiques.

C’est important d’avoir cela à l’esprit, car ce qui s’est passé au cours de ces dernières années, c’est que cette part directe n’a cessé de diminuer, à travers des réductions des impôts sur les plus grandes fortunes, et sur les sociétés notamment, et cela a eu pour conséquence de réduire l’ensemble des recettes publiques. Et cela est très important à avoir en tête pour comprendre d’où vient le déficit.

Autre aspect important, les impôts indirects. Les impôts indirects ne varient pas en fonction des ressources financières des contribuables. Nous payons tous de manière équivalente. Que soyez millionnaire ou titulaire du RSA, vous paierez toujours le même pourcentage de TVA.

Ces impôts représentent 14% des recettes publiques. La tendance qu’on observe, c’est un basculement des impôts directs vers les impôts indirects, c’est ce qui s’est passé en 2007, lorsqu’on a réduit l’impôt sur la fortune, et autres impôts directs ; et désormais lorsqu’on envisage des hausses d’impôts il s’agit d’impôts indirects, comme la TVA.

Comme on l’a dit, le déficit c’est la différence entre les recettes et les dépenses publiques. Il est donc important de savoir ce que représentent les dépenses publiques. On dit souvent qu’il y a trop de gaspillage, trop de dépenses inefficaces etc. etc. Il faut bien voir que 70% des dépenses publiques sont des dépenses dites sociales.

Il s’agit de dépenses pour les retraites, pour les services publics, la santé, l’éducation, les allocations sociales… Il faut bien voir que la majeure partie de nos impôts servent à ces dépenses, que certains pointent du doigt en les présentant comme du étant gaspillage, ou comme étant inefficace. Autrement dit les impôts soutiennent cet Etat social que certains voudraient voir disparaître.

- Le déficit augmente en temps de récession

Comme nous l’avons expliqué, le déficit c’est la différence entre les recettes et les dépenses publiques. Encore une fois pour mieux comprendre les enjeux de la réforme constitutionnelle, il faut s’intéresser aux différentes dynamiques à l’origine de la baisse ou de la hausse du déficit. Certains sont automatiques, ils interviennent de manière quasi-mécanique, sans intervention des gouvernements.

Prenons le cas des recettes. En cas de récession, comme aujourd’hui, le chômage augmente, les gens paient moins d’impôts et ainsi les recettes publiques chutent. Ceci… diminue. En effet il s’agit principalement des recettes des impôts, des impôts directs qui en représentent la part la plus importante.

En ce qui concerne les dépenses, il en va de même. Encore une fois, cela a à voir avec le chômage. Mais encore ? Lorsque le niveau de croissance est faible, comme maintenant, le nombre de titulaires des allocations sociales augmente, et les dépenses publiques augmentent de même.

Ce qui s’est passé par ailleurs, comme on l’a vu, les recettes publiques, qui proviennent principalement des impôts, ont diminué à cause des réductions successives d’impôts, principalement des impôts directs.

Voici donc pourquoi, en temps de récession, le déficit augmente de manière quasi-mécanique. C’est un élément important à prendre en compte

- Le financement du déficit public

Il existe plusieurs manières de financer le déficit public.

La première consiste à faire appel à la Banque Centrale. Dans ce schéma, les titres de dette émis par le gouvernement sont achetés directement par la banque centrale. Le problème, c’est que nous ne disposons plus de cette arme, car c’est désormais la banque centrale européenne qui est en charge de la politique monétaire, celle-ci exclut de prêter aux Etats.

Cette possibilité, nous ne l’avons plus.

La seconde manière de financer ce déficit, c’est de lever des impôts. Mais comme nous l’avons vu, les gouvernements ont renoncé à financer le déficit via les recettes. Au contraire ils ont réduits les impôts sur la fortune, progressifs, ceux qui se focalisaient principalement sur les contribuables les plus riches.

Autrement dit cette possibilité… est exclue de fait.

La seule possibilité qui nous reste, c’est donc le financement par la dette. C’est pourquoi la dette publique est en constante augmentation, même si le principal problème en Espagne reste la dette privée. On observe ainsi le paradoxe suivant : en excluant de fait les autres possibilités de financement, les gouvernements sont amenés à contracter une dette croissante, qui est par la suite montrée du doigt… pour justifier la mise en place de plans d’austérité.

- Relance VS austérité

Le déficit public se compose de deux parties. La première, c’est la partie cyclique. Elle est due aux dynamiques qui se mettent en place de manière quasi-mécanique en période de crise. Comme nous l’avons vu précédemment, en cas de récession, de croissance économique faible, comme c’est le cas actuellement, les dépenses augmentent, les recettes diminuent, et en définitive, le déficit augmente. C’est automatique, cette partie ne se « contrôle » pas.

La seconde partie, c’est la partie structurelle. Sur celle-ci, le gouvernement peut jouer ; et ce que font les gouvernements, ou ce qu’ils devraient faire en temps de crise, c’est injecter de l’argent public dans l’économie, d’augmenter les dépenses publiques pour générer de l’emploi et diminuer le taux de chômage.

Mais cela, les gouvernements semblent avoir renoncé à le faire : avec la réforme constitutionnelle, et les contraintes sur le déficit, les dépenses nécessaires pour amortir le déficit cyclique ne seront plus possibles.

En complément à cela, les plans d’austérité obligent les Etats à réduire structurellement leur capacité à lutter contre la récession, et en définitive à faire croître l’économie et à créer des emplois productifs.