L’Europe à quitte ou double, par Attac (2009)

, par Les Dessous de Bruxelles

Il semble que les dirigeants de l’Union européenne prennent un malin plaisir à décourager les meilleures volontés. La signature du traité de Lisbonne et sa ratification par voie parlementaire dans la plupart des États, contre l’avis des populations, le fait qu’il soit la copie conforme du Traité constitutionnel rejeté en 2005 par les peuples français et néerlandais, qu’il ait été élaboré en catimini et soit totalement illisible, tout cela a de quoi lasser même les plus chauds partisans de l’idée européenne. D’autant que le bilan, au bout de cinquante ans d’Europe, est pour le moins mitigé.

Certes, l’instauration d’un Marché commun a permis, à partir de 1957, d’exorciser les conflits passés, notamment entre la France et l’Allemagne. Pour le reste, et sans nier certaines avancées dans divers domaines, le compte n’y est pas vraiment. L’essentiel des politiques européennes consiste à promouvoir le libre-échange et son corollaire, la concurrence libre (et non faussée), au détriment de la solidarité et des services publics.

Quant au volet social, il est toujours remis à plus tard. Plus grave, l’élargissement de l’Union à vingt-sept membres, sans aucune précaution, favorise encore davantage le dumping social ou fiscal (salaires de misère, impositions quasiment nulles pour les sociétés, etc.), sur fond de délocalisations et de chantage à l’emploi.

Les critiques ne concernent pas que la politique économique et sociale. On verra, tout au long de cet ouvrage, que l’Union européenne, dont les institutions et le fonctionnement n’ont jamais été démocratiques, a suivi des voies condamnables dans la plupart des domaines, depuis l’agriculture productiviste détruisant l’environnement jusqu’à la politique militaire inféodée à l’OTAN, sans oublier l’Europe forteresse où se multiplient les centres de rétention. Pourtant, et même si les motifs d’inquiétude ou d’insatisfaction se sont multipliés, une grande majorité d’Européens croient en l’Union et estiment qu’elle est une bonne chose pour leur pays et pour eux-mêmes.

L’ouvrage a d’abord pour but de dresser l’état des lieux dans quelques grands domaines, et de proposer pour chacun d’eux des alternatives pour une autre Europe. Reste à savoir comment la réaliser. C’est l’objet d’une dernière partie où, à travers l’expérience historique de la construction européenne, seront abordées diverses conceptions de l’Europe politique.

La discussion sur ces options est d’autant plus nécessaire que la crise économique et financière bouscule pas mal d’idées reçues. Elle nous a par exemple montré qu’en période de turbulence les États-nations, du moins trois ou quatre d’entre eux, ont vite fait de reprendre le gouvernail de l’Union. Chacun en tirera les conclusions qu’il veut sur l’avenir de la construction européenne. Mais il y a au moins une certitude qui s’impose à nous : même si nous ne savons pas quand ni comment elle sera résolue, la crise est un échec cuisant pour le capitalisme et l’économie de marché. Le libéralisme effréné imposé à marche forcée depuis vingt ans par les dirigeants de l’Union conduit à une impasse.

L’Union européenne est à un tournant. Ou bien elle ne tire aucune leçon de la crise et s’enfonce définitivement dans une logique marchande mortifère, en abandonnant sur le bord du chemin toutes les valeurs qui fondent une société humaine, ou bien les citoyens réussissent à donner la primauté à la démocratie et à la solidarité sur toute considération mercantile. D’une certaine façon, le sort de l’Union européenne s’apparente à un quitte ou double.

L’Europe à quitte ou double, un livre de la commission Europe d’Attac, coordonné par Jean Tosti, aux éditions Syllepse, 2009.